Boycott du salon du livre : le pour et le contre

Extrait d’un article de Maya Ghandour Hert paru dans L’Orient – Le Jour, le 5 mars 2008 :

“Le rendez-vous incontournable des amoureux du livre” serait-il devenu cette année le “rendez-vous proscrit par les haïsseurs d’Israël”? On est tentés de s’abstenir de tout commentaire. Tellement le terrain est miné… et minant. Car difficile désormais de l’ignorer, l’Etat sioniste est bien l’invité d’honneur du prochain Salon du livre de Paris (du 14 au 19 mars). La décision (maladroit ou intentionnée?) d’associer le Salon du livre, cette année, à la célébration des soixante années d’indépendance d’Israël a tout naturellement amené beaucoup d’écrivains et d’artistes progressistes, palestiniens et plus généralement arabes, à s’en retirer, et à boycotter cette manifestation. Car, voilà le hic, cet événement qui se fête pour les uns, correspond pour nous autres arabes à la Nakba, la “catastrophe”. D’où la décision de nombreux pays de bouder la manifestation culturelle française en signe de protestation.

Boycotter la culture a t-il un sens? Etes-vous pour ou contre la décision du ministère libanais de la Culture de boycotter le Salon du livre français en raison de l’hommage rendu aux écrivains israéliens? Inviter des écrivains d’Israël revient-il à vraiment à cautionner la politique de ce pays? Les absents ont-ils toujours tort?

Un éditeur anonyme

Je ne suis pas un mouton de Panurge des boycotts et je pense que le champ culturel est un lieu de dialogue et de confrontation. Les batailles ne se gagnent pas par la démission et le légendaire ‘refus arabe’ n’a pas toujours été la plus raisonnée des politiques. Cela dit, l’actuelle confusion ne vient pas de ce qu’Israël a été l’invité des Salons du livre de Paris et de Turin, mais de ce que cette invitation veuille commémorer la fondation de l’Etat d’Israël, événement qui n’est présage de la justice ni de la paix.

Suite à quoi je comprends très bien l’attitude du gouvernement libanais et de nombreux intellectuels appelant au boycott!

Elias Khoury, journaliste et écrivain

Je me sens triste qu’en cette année qui commémore les 60 ans de la Nakhba, ce soit Israël l’invité d’honneur du Salon du livre de Paris. Il ne faut pas oublier, et cela a été maintes fois souligné tant par des historiens et écrivains israéliens et arabes, que la date à laquelle les Israéliens célèbrent leur indépendance est également celle de la catastrophe palestinienne. A ce niveau, il est décevant de noter que le Salon français n’a pas réalisé ce fait et a ignoré la souffrance des Palestiniens depuis 1948, parce que la Nakba se poursuit encore à Gaza et en Cisjordanie. Mais cela n’implique pas que nous devons riposter en boycottant le Salon. Au contraire, je pense que les intellectuels palestiniens, libanais et arabes avaient là une opportunité à saisir et à créer une offensive culturelle de taille à laquelle plusieurs intellectuels israéliens auraient pu participer comme Ilan Pappe, Ishak Laor, Shimon Ballas, Sami Shitrit, Saramago, Soinka, Breyten Bretenbach, Chomsky…

Au lieu de faire notre devoir d’intellectuels, il y a eu ce boycott qui va laisser la place aux institutions israéliennes sionistes pour dominer le Salon. Je pense que l’idée du boycott illustre bien l’impotence dont souffre les institutions culturelles arabes. Le seul espoir de sauver l’image de ceux qui se battent pour la justice et la paix en Palestine est une série d’événements que seuls les Palestiniens peuvent organiser à Paris.

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