Retours sur les récents événements : quelques points de vue étrangers
“A Beyrouth, la confrontation entre le fragile gouvernement pro-occidental et l’opposition emmenée par le Hezbollah, a pris une tournure inquiétante. Serait-on entrain d’assister au suicide du Liban en tant que nation?
(…) Il semble qu’il n’y avoir aucune limite à la profondeur de l’abîme dans lequel les politiciens libanais sont prêts à précipiter un pays qu’ils traitent comme un butin privé ou un champ de bataille pour mener leur guerre par procuration. Leur lutte pour le pouvoir est à présent étroitement liée à la compétition à laquelle se livrent dans la région les musulmans chiites et sunnites depuis l’invasion de l’Irak par les Américains. (…)
La montée en puissance de la majorité chiite en Irak - ce qui horrifie les leaders arabes sunnites pour lesquels elle constitue l’avant garde de l’Iran chiite - et la guerre ratée d’Israël contre le Hezbollah en 2006 ont encore fait monter les enchères au Liban. Une fois de plus, le pays du Cèdre se retrouve l’otage des puissances régionales et de leurs clients locaux.
L’HISTOIRE DU LIBAN SEMBLE ETRE FAITE D’UN ETERNEL REPORT DES PROBLEMES
Le Hezbollah, dont le prestige a été réhaussé par sa résistance à l’offensive de juillet 2006, a organisé le siège du gouvernement de M. Siniora et des institutions libanaises. Le Parlement ne s’est pas réuni depuis dix-huit mois; le pays est privé de président depuis six mois. M.SIniora est un technocrate et Saad Hariri, son principal soutien au Parlement, est un novice propulsé en politique par le meurtre de son père. Cela se sent. Les combats ont éclaté après que le gouvernement eut fait part de sa décisionde démanteler le réseau téléphonique sécurisé du Hezbollah - essentiel pour son infrastructure militaire - et démis de ses fonctions l’officier chiite chargé de la sécurité de l’aéroport de Beyrouth.
Tant que l’armée renâcle à prendre le risque de se scinder à nouveau selon les lignes de fracture confessionnelles observées durant la guerre civile, M. Siniora n’a pas les moyens de mettre sa menace à exécution. Le Hezbollah est sans aucun doute un Etat dans l’Etat - le plus récent type d’organisation dont l’histoire libanaise n’est pas avare. Mais le gouvernement a voulu bluffer alors qu’il n’avait pas toutes les cartes en main.
Hassan Nasrallah a qualifié l’initiative gouvernementale de déclaration de guerre. Le Hezbollah et l’Iran n’ont plus confiance en leur allié (et fournisseur d’armes) syrien après le meurtre à Damas d’un commandant de haut niveau. Le groupe ne veut pas renoncer à sa logistique ni à son accès à l’aéroport. Le gouvernement a fait machine arrière. Cela ne fera que repousser la question de savoir qui dirige le Liban et risque de provoquer l’intervention d’acteurs régionaux comme l’Arabie Saoudite ou l’Iran ou, encore une fois Israël. L’histoire du Liban semble faite d’un éternel report des problèmes - et c’est précisement la raison pour laquelle il risque son avenir en tant que nation.”
Financial Times, Londres
N’imitez pas la Palestine
“Nous vivons des heures ô combien décisives. Pas seulement pour le Liban, mais pour toute la nation arabe. Et combien je méprise ces auteurs de mirages, ces indigents politiques, partis ou individus, qui prospèrent sur les retombées des victoires divines et tentent à coup de formules incantatoires, de nous vendre un avenir bâti sur des illusions. Et combien notre réalité m’apparaît suicidaire pour ceux de nos responsables qui participent à ce jeu, alors qu’ils sont censés être à l’avant-garde contre ces marchands de victoires divines qui n’apportent que du sang et des larmes.
Je ne suis pas défaitiste, mais lorsque je vois 1 milliard d’arabes et musulmans incapables de sauver mon peuple palestinien et de faire respecter son droit légitime à un Etat sur moins de la moitié de sa terre historique, n’attendez pas de moi que je joigne ma voix aux clameurs des victoires divines. Donnez au peuple libanais les moyens de bâtir son avenir. Ce sera préférable à 1 million de ces victoires, qui ne sauraient apporter que destructions à ce Liban qui est la patrie de la démocratie arabe.
Non, je ne suis pas défaitiste, fétichiste en attente d’une victoire divine qui mènerait à la reconquête de l’Andalousie. Je ne suis pas défaitiste, bande de héros du désastre dans un monde où, grâce à vos exploits, nous Palestiniens nous sommes résignés à nous contenter d’une demie-patrie. Et je suis presque sûr que votre prochaine victoire amènera les Libanais à pleurer sur leur demie-patrie perdue. J’exhorte toute conscience vive à sauver le Liban d’un sort palestinien.”
Nabil Oudeh, Ramallah
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