“Quand j’entends le mot revolver, je sors mon stylo”

La journaliste palestinienne Naela Khalil et l’étudiant libanais Marwan Harb ont remporté hier le prix Samir Kassir pour la liberté de la presse, édition 2008. Le prix leur a été remis hier à l’hôtel Phoenicia par le chef de la délégation de la Commission européenne au Liban, l’ambassadeur Patrick Laurent, et par Gisèle Khoury-Kassir, épouse du journaliste assassiné. C’est pour son article « Les Palestiniens paient le prix de la haine – Arrestations politiques : un règlement de comptes entre Fateh et Hamas », publié en arabe le 14 mars 2008 sur le site Internet AMIN, que Naela Khalil, 30 ans, a obtenu le prix de la catégorie « Journalistes », doté de 15 000 euros. Quant à Marwan Harb, étudiant de 25 ans à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth, il a obtenu le prix de la catégorie « Jeunes chercheurs » doté de 10 000 euros, pour son mémoire de master 2 (DEA), intitulé : « Le chéhabisme ou les limites d’une expérience de modernisation politique au Liban », préparé sous la direction du Pr Georges Corm et présenté en novembre 2007.
La cérémonie s’est déroulée autour de la piscine de l’hôtel en présence notamment du ministre des Télécommunications, Marwan Hamadé, du député Élias Atallah, de l’ancien député Nassib Lahoud, du premier conseiller de l’ambassade de France, Joseph Silva, des membres de la Fondation Samir Kassir et de la famille du journaliste défunt.
C’est par une phrase de Samir Kassir que Delphine Minoui, membre du jury et journaliste au quotidien français Le Figaro, a lancé la cérémonie. « Quand j’entends le mot revolver, je sors mon stylo », disait le journaliste défunt. Mme Minoui a ainsi indiqué que « le prix Samir Kassir est destiné à rendre hommage au courage de nombreux journalistes et chercheurs du Proche-Orient qui, comme Samir Kassir, se battent au quotidien, non pas avec des armes, mais avec leur plume… Des hommes et des femmes qui osent dire tout haut et fort ce que d’autres chuchotent tout bas ».
Delphine Minoui a ajouté que les candidats viennent d’une région « trop souvent endeuillée par des atteintes répétées à la liberté d’expression ». Elle a enfin invité l’assistance, au nom des membres du jury du troisième prix Samir Kassir, à respecter une minute de silence « en hommage à tous les hommes et femmes de plume » qui ont été tués.
Le chef de la délégation de la Commission européenne, l’ambassadeur Patrick Laurent, a alors indiqué que « le prix Samir Kassir de la presse, créé en 2006 en hommage à l’écrivain, journaliste et enseignant libanais Samir Kassir assassiné en juin 2005, est une expression de l’engagement de la Commission européenne pour la liberté d’expression et l’instauration de l’État de droit chez nos partenaires méditerranéens ». « Quelles que soient les circonstances, cette liberté d’expression, nous y tenons farouchement, a poursuivi M. Laurent, car elle représente un pilier de tout État de droit digne de ce nom. » Et d’insister sur le fait que « la liberté d’expression continue à déranger et à faire peur ».
Insistant sur le rôle essentiel que peuvent jouer « les médias indépendants dans la construction de la vision collective d’une véritable nation », Patrick Laurent a dénoncé « les médias instrumentalisés par les appareils politiques à des fins de propagande ». « Les récents événements qui ont secoué le Liban démontrent que le pouvoir des armes contre celui des mots constitue un combat inégal, un combat révélateur par sa stérilité », a-t-il dit, avant d’affirmer : « On ne construit pas une nation en mettant le feu à la chaîne de télévision et au journal de ses adversaires. »
C’était au tour de Gisèle Khoury-Kassir d’évoquer la cause des journalistes comme étant « la lutte dans l’espoir d’un horizon démocratique ». Mme Khoury a fait un rapprochement entre Samir Kassir et la ville de Beyrouth « qui a réussi à lutter contre l’oppression et à se libérer dans les moments les plus difficiles ». Dénonçant les atteintes contre la presse, les journalistes et les photographes à Beyrouth, ainsi que les agressions contre les habitants de la capitale, elle a salué « la victoire de Beyrouth », tout en précisant que personne n’a réussi à faire taire les voix des journalistes.

L’article de Anne-Marie El-Hage

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