L'Orient - Le Jour du tac au tac

Le port du hijab au Liban perçu comme un frein à la réussite professionnelle

Mardi dernier, en allant à un de mes cours à l’Université américaine de Beyrouth (AUB), je cherchais du regard une amie, Nadine. N’apercevant pas son foulard rose et croyant donc qu’elle n’était pas encore arrivée, je suis allée m’installer à ma place. Juste une minute plus tard, j’ai eu la surprise de l’entendre m’appeler et j’ai été abasourdie de constater qu’elle avait enlevé son foulard.
« Alors, tu l’as enlevé ? » dis-je, en pointant du doigt mes propres cheveux. « Eh oui, répondit-elle avec des gloussements nerveux. Tu comprends, j’essaie de devenir une spécialiste en sciences sociales, et porter le hijab entraîne trop de conséquences. »
Il est bien vrai que de nos jours le foulard est devenu un symbole chargé de connotations religieuses, politiques et sociales. Mais les raisons qui poussent les femmes à le porter ou non sont souvent diverses.
L’image d’une femme qui, parce qu’elle porte le foulard, serait opprimée et dominée par la société arabe patriarcale dans laquelle elle vit ne va plus de soi, car, du moins au Liban, la plupart des jeunes femmes sont directement impliquées dans leur décision de porter ou  non un foulard.
L’AUB est généralement perçue comme un lieu où les extrêmes se rencontrent : certaines jeunes femmes s’habillent de façon conventionnelle, tandis que d’autres montrent pas mal de leur peau. Il en résulte que quelques jeunes femmes portent le foulard comme un moyen de marquer leurs distances par rapport à des extrêmes de licence.
Des anthropologues comme Robert Murphy ont analysé le rôle du voile dans l’interaction sociale. Il écrit, dans Social Distance and the Veil : « L’interaction est par définition une menace, et la réserve, vue ici comme une figure de la prise de distance, sert à assurer une protection partielle et temporaire du moi. »
C’est ainsi que, dans une société qui prête tant d’attention à l’apparence physique et où l’identité sexuelle se trouve dans une phase de transition relativement ambiguë, le foulard est souvent mentionné comme un moyen de protection, voire d’affirmation, d’une identité.
Si certaines jeunes femmes choisissent, au contraire, de ne pas porter le foulard, c’est parce qu’elles entreraient dans une catégorie qui diminuerait leurs chances de trouver un emploi. Une étudiante m’a posé ironiquement cette question : « Avez-vous jamais vu des commerciales qui ne seraient pas grandes, belles et parfaitement coiffées ?  Avec mon savoir-faire dans le marketing, je pourrais vendre autant que toutes ces autres filles, dit-elle avec un haussement d’épaules, mais on ne donnerait pas cher de mes compétences si je portais le foulard. »
Voilà, me semble-t-il, le plus injuste dans cette affaire. La véritable raison qui a conduit Nadine à enlever son foulard, c’est la pression et la peur d’être rejetée ou perçue différemment, non en tant que croyante, mais en tant que professionnelle.
« Imagine-toi un peu, me dit-elle, qu’un jour j’aie à mener une étude sur les taux de divorce et à mener des entretiens approfondis avec des femmes “ modernes ”. Je ne peux m’empêcher de penser qu’elles auraient forcément des préjugés sur mon compte en me voyant coiffée d’un foulard. »
Nadine croit que les personnes à qui elle parle ne manqueraient pas de supposer qu’elle est trop traditionaliste pour accepter la différence. En tant que spécialiste des sciences sociales, elle se trouverait exposée à de nombreuses situations dans lesquelles elle voudrait être évaluée en fonction de sa seule compétence. Elle pense que son foulard ferait dévier l’opinion qu’on a d’elle.
Bien qu’il n’y ait pas, au Liban, de loi interdisant de porter le foulard, certaines femmes admettent que celui-ci peut les gêner pour prétendre à certains emplois, ou les empêcher de progresser dans certaines
professions.
Si une femme estime que ses aptitudes et compétences sont jugées en fonction des valeurs que véhicule un foulard, cela devient une forme de discrimination comme n’importe quelle autre dans son lieu de travail.
Certaines femmes portent le foulard comme signe visible de leur identité musulmane ou  parce qu’il s’agit pour elles d’une obligation religieuse, d’autres parce qu’elles estiment qu’il leur confère un air de respectabilité. En tout cas, cela n’a rien à voir avec leurs capacités professionnelles et il serait vraiment injuste de supposer autre chose.

Nathalie NAHAS
Doctorante à l’Université américaine de Beyrouth, mention «anthropologie»

Article écrit pour le service de presse de Common Ground (CGNews), accessible sur

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Le geste impérieux et ses prolongements

Lorsqu’il plastronne devant les foules ou les militants admiratifs, le sourcil froncé, le regard courroucé et le doigt menaçant, Hassan Nasrallah donne toujours l’impression de vouloir s’enfoncer dans son karma. C’est comme s’il voulait signifier à ses adversaires que l’aménité d’hier n’était qu’un rôle de composition et que les choses sérieuses allaient enfin commencer.

Ce visage poupon ne cachait-il donc que des intentions maléfiques ? Ou bien l’homme et son projet ont-ils radicalement changé ? Sommes-nous à la veille d’une nouvelle équipée divine ou bien vivons-nous les derniers préparatifs avant la « cueillette finale » qui viendrait clore dix-huit mois de turbulences ?

La « victoire divine », qui a plongé pendant des mois les foules de militants et de sympathisants dans un état d’abrutissement généralisé, ne fait plus recette et les griseries d’hier ont cédé la place à une de gueule de bois collective. L’oracle enturbanné s’est donc trouvé acculé à inventer de nouvelles « promesses sincères » pour ranimer les ardeurs défaillantes. Et, puisque l’ennemi « standard » était devenu inaccessible, il ne lui restait plus qu’à jeter son dévolu sur l’ennemi intérieur.

Oui, mais il y a un hic. Avec l’ennemi standard, il est permis, voire « légitime » de se livrer à toutes sortes d’exactions, y compris celle de proposer un troc pour ses bouts de cadavres, mais comment s’y prendre avec le sunnite d’en face ? Depuis dix-huit mois, Hassan Nasrallah est confronté à une véritable quadrature du cercle. Il trépigne d’impatience de prendre le pouvoir, mais comment pourrait-il y parvenir sans « casser » du sunnite ?

Il s’était brûlé les doigts en essayant l’année dernière à la même date de « tâter » le terrain. La levée de boucliers était unanime et il était obligé de se replier fissa sous les injonctions strictes de son mentor iranien qui avait perçu les dangers incalculables d’une telle équipée. Résigné, il ne lui restait plus qu’à essayer l’encerclement dans l’espoir de voir l’ennemi céder par épuisement ou par lassitude.

C’est ainsi qu’est né le « tiers de blocage » comme pis-aller à une prise du pouvoir par la force. Vous me donnez le tiers plus un au gouvernement, ou je bloque tout. En d’autres termes, je bloque tout aujourd’hui pour pouvoir bloquer ce que je veux demain. Après avoir pris en otage sa propre communauté, le voilà qui met le pays tout entier dans son filet.

Le Liban vit depuis au rythme des injonctions menaçantes de Hassan Nasrallah et de ses apparatchiks transformés pour la bonne cause en discoureurs du dimanche. N’est pas orateur qui veut et rares sont ceux qui parviennent à fasciner les foules par leur éloquence et leur charisme. Pour pallier ce déficit, ces apparatchiks ont adopté par mimétisme le même geste impérieux et ridicule du doigt qui se lève pour accentuer leurs péroraisons sur les « victoires à venir ».

Hassan Nasrallah est fermement convaincu qu’il réussira à rééditer sa « victoire divine » contre l’ennemi intérieur. Il apprendra un jour que les ambitions les plus folles ont toujours été phagocytées par la mosaïque libanaise dont le venin exceptionnel sécrété par ses communautés est capable de broyer toutes les outrecuidances, fussent-elles divines.

Bechir Oubary



Un gouvernement sous influence

Je vous invite a aller consulter cet article, tres instructif, sur les rapports entre armee et gouvernement en Israel. Ecrit par Benjamin Barthe, il est paru dans Le Monde d aujourd hui.

Un gouvernement sous influence


Publié dans L'Orient - Le Jour

L’or syrien jusqu’au dernier carat

28 mars 2008
Un commentaire

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Après des décennies de non-dit, le Liban vient à résipiscence et ose enfin proclamer son désir incoercible de se séparer du frère siamois qui s’obstine à vouloir lui pomper la sève jusqu’à la fin des temps. Calmement et solennellement, le Liban ose enfin affirmer son rejet de la dictature dont il a subi les sévices pendant près de trente ans. Il ose enfin dire à son geôlier, en le regardant droit dans les yeux, que ni l’intimidation, ni les assassinats ne pourront plus éteindre la flamme qui a embrasé le cœur des Libanais. La séparation est inéluctable et plus rien ni personne ne pourra plus en empêcher l’échéance. Trois ans après son éviction forcée du Liban, La dictature syrienne n’arrive toujours pas à faire son deuil de la « tutelle » qui lui a été gracieusement octroyée par les Grandes Puissances. Peu importe si ces dernières ont pendant longtemps fermé l’œil sur la brutalité avec laquelle elle gérait sa chasse gardée, leurs intérêts de l’époque étaient ailleurs. Loin de profiter des multiples ouvertures qui lui ont été faites, elle continue à s’enfoncer avec une belle obstination dans une politique sans lendemain, fermement persuadée que les « cartes » dont elle dispose sur le terrain finiront par faire plier un jour tous ses adversaires réunis. D’aucuns pourraient arguer que cette fuite en avant est la seule option qui lui reste pour inverser le cours des évènements et empêcher la tenue du Tribunal international. Or, en continuant à jouer le trublion au Liban ou ailleurs, non seulement le régime syrien en accélère la tenue, mais il détruit les dernières chances d’un compromis « à la libyenne » qui pourrait lui être proposé. Pire, en persévérant dans la même voie, il se forge surtout une figure de paria dont l’élimination deviendra chaque jour davantage une nécessité de salubrité arabe et internationale. Aujourd’hui, l’étau se resserre un cran de plus. Les Arabes osent enfin à leur tour briser le non-dit et contrairement à une coutume ancrée dans leur imaginaire oiseux et qui les faisaient s’accrocher coûte que coûte à une « solidarité » de façade, ils se délectent aujourd’hui à étaler au grand jour leur différend avec le paria qui croyait pouvoir les terroriser en toute impunité. Mais, c’est bien la gifle libanaise que l’amphitryon syrien ne peut pas supporter. Le boycott par le gouvernement libanais du sommet de Damas l’a touché de plein fouet. La nervosité était nettement perceptible sur le visage essoufflé de Walid Moallem dont la graisseuse majesté n’a rien trouvé de mieux pour contrer l’insolence libanaise que d’affirmer que « les absents n’ont pas voix au chapitre » (sic) ! Le poussah syrien ne se rend même pas compte de son insignifiance et contrairement à ce qu’il a l’air de croire, ce n’est pas « une occasion en or » que le Liban perd en boycottant le sommet, mais c’est tout simplement le collier de serrage qui le maintenait enchaîné depuis son indépendance.

Bechir Oubary

http://heuristiques.blogspot.com/


Jeu de dupes entre la France et la Syrie

Opinion parue dans Le Monde de ce jour :

« Bernard Kouchner déclarait dernièrement dans un journal allemand qu’il ne savait honnêtement pas quelle était la bonne stratégie à adopter face à la Syrie. La politique du régime syrien et son rapport à la France sont pourtant limpides : le Liban ne cesse de focaliser les tensions franco-syriennes. Damas tient à dissocier sa relation avec Paris de sa politique libanaise, car Bachar Al-Assad ne veut pas que l’ancienne puissance mandataire au Levant contrarie ses ambitions hégémoniques au Liban. La Syrie veut vassaliser le Liban, avec la bénédiction de la France et la consolidation des fonds d’aide européens. La constante de la politique syrienne se résume en quelques phrases. (…) Avec de telles constantes, il serait illusoire de croire que le régime répressif de Damas ait pu changer d’attitude le jour où le peuple français a changé de président, et qu’il puisse avoir été touché par la visite d’émissaires français finalement rentrés bredouilles. La Syrie cherche à démanteler la République libanaise. Année après année, elle a joué les pyromanes et entretenu les guerres intestines pour pouvoir jouer les pompiers, poussant les élites libanaises à l’exil pour les remplacer par des naturalisés, dont beaucoup étaient syriens. Elle a modifié le tissu social libanais, créé et armé de multiples formations politiques, dont la plus aboutie est celle coparrainée avec l’Iran, le Hezbollah. Aujourd’hui, le parti de Dieu,(…) constitue un Etat dans l’Etat libanais, décide de la guerre et de la paix sans en référer à aucune autorité du pays du Cèdre. Il est le bras armé des pasdarans iraniens, désormais implantés sur les rives de la Méditerranée et à la frontière israélienne. Les slogans du Hezbollah, les tenues civile et militaire de ses partisans, les mots d’ordre, les points fermés levés vers le ciel, les portraits omniprésents des dirigeants iraniens et les appels répétés à leur succès, au début de chaque discours, attestent de cette filiation. L’investissement irano-syrien a payé : le Hezbollah a été la seule force arabe – et non régulière – à infliger à Tsahal une défaite, en 2006. Téhéran s’en sert également pour faire diversion dans son programme nucléaire, et Damas, pour torpiller le Tribunal international créé par le Conseil de sécurité pour juger les assassins de Rafic Hariri et démanteler les institutions libanaises : le pays est privé de président de la République depuis novembre 2007, le Parlement est confisqué, les forces de l’ordre sont presque neutralisées, afin d’instaurer le chaos et de plonger le pays dans une guerre civile. Malgré leur traumatisme de trente-cinq années de guerres et d’occupations, les Libanais ne peuvent s’exonérer de leurs responsabilités. Ils doivent réapprendre à reconstruire un Etat de droit.
Le Hezbollah ne pourra être démantelé du jour au lendemain. Il devient un acteur incontournable et surtout un précieux relais du régime minoritaire alaouite de Damas, auquel il est désormais lié. La chute de l’un ne manquera pas d’entraîner celle de l’autre. D’où une alliance stratégique entre ces deux acteurs régionaux majeurs du « croissant chiite » dirigé par Téhéran.
Deux cas de figure seulement pourraient pousser la Syrie à accepter l’élection d’un président au Liban. Le premier serait que la France, en représentante de l’Occident, et les pays arabes admettent que le Liban constitue « une province syrienne ». Damas lui désignerait alors un « président de la République » avec le statut et les pouvoirs d’un sous-préfet. Le second cas serait d’engager un rapport de force avec la dictature héréditaire de Bachar Al-Assad pour le rappeler à la raison et le forcer à s’amender. Il est vrai que ce régime excelle dans l’art de la dissimulation et de la dissuasion, et qu’il est redouté pour avoir créé, parrainé et soutenu nombre d’organisations terroristes, du PKK kurde à l’Asala arménienne, en passant par des mouvements djihadistes et des organisations palestiniennes, irakiennes ou libanaises. Seuls les généraux d’Ankara l’ont obligé à plier, le jour où ils ont envoyé les chars à sa frontière (1998). Abdallah Öcalan a aussitôt été expulsé de Syrie et ses bases ont été démantelées.Certes, le régime syrien continue de faire peur et ses adversaires connaissent le coût exorbitant de leur opposition. Mais il est temps d’apporter une réponse à l’interrogation de Bernard Kouchner en profitant de la conjoncture : l’isolement de Damas au sein de la communauté arabe et l’agacement occidental face à l’irrédentisme syrien. Sans nécessairement recourir aux méthodes employées par la Syrie, la communauté internationale peut contenir Damas et stopper son rôle néfaste en se répartissant les tâches.
Aux Arabes de placer le seul allié de Téhéran en quarantaine, à la veille du premier sommet arabe que doit abriter Damas fin mars ; aux Européens de parler d’une seule voix en bannissant les contacts bilatéraux contre-productifs, une spécialité de plusieurs Etats européens qui fréquentent Damas dans l’espoir de protéger leurs soldats participant à la Finul. La présidence française de l’Union européenne – qui coïncide avec la tenue à Paris du sommet de l’Union pour la Méditerranée – devrait s’efforcer d’arrêter une stratégie commune et de confier le dossier à un seul interlocuteur, en la personne de Javier Solana. Sans oublier l’indispensable coordination entre Arabes, Européens et Américains, et la nécessité de convaincre Israël d’abandonner sa politique du statu quo avec Damas, de peur de voir les Frères musulmans lui succéder.
De François Mitterrand à Jacques Chirac, les dirigeants français ont tout essayé pour élaborer un partenariat avec les Assad, en vain. Nicolas Sarkozy devrait tirer les conclusions de cette expérience et de sa propre tentative pour emprunter des voies qui puissent ramener la Syrie à la raison. Avec en tête cette évidence : plus la détérioration de la situation du Liban sera grave, plus le coût de sa restauration sera élevé.« 

Antoine Basbous

directeur de l`Observatoire des pays arabes


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