L'Orient - Le Jour du tac au tac

Libertynator | 19 mai 2008

375329746_ad26b8441a_m

Etre un journal d’idées n’est pas chose facile. Se vouloir une page électronique dont l’expression est totalement libre, non plus. Ainsi, doit-on, en temps de crise, accepter de publier sans scrupules toutes les expressions ?
Que l’on s’entende, le fond n’est pas le problème : nous ne pouvons le juger, qui le pourrait d’ailleurs ? Il en va à mon sens autrement de la forme de l’expression en question… Les expressions haineuses ou manifestant une réelle aversion de l’autre ont-elle leur place sur l’autel des idées ?

La question n’est certes pas aisée, et mérite un traitement prudent :
1/ Doit-on faire une différence dans les expressions, selon la période ? Sous-entendu, selon que nous sommes en temps de crise ou non ? S’il en va ainsi, cela voudrait dire que le droit de s’exprimer librement n’est pas absolu.
2/ Et si l’on fait une différence selon le ton adopté par les auteurs, cela sous-entend nécessairement que ce droit ne serait absolu pour les seuls tenants modérés d’une opinion, d’un parti ou autre.
Dès lors, la liberté d’expression ne serait garantie qu’aux partisans du dialogue… Le raisonnement se démonte vite…

Mais comment, tout de même, admettre des expressions haineuses ? Et si ces phrases, éculées comme des discours politiques, devenaient meurtrières ? Elles mettraient, ainsi, un frein à ma liberté de vivre, d’aimer, de circuler par leur caractère assassin et peuvent, plus que d’autres, mener à la guerre. Ma liberté se trouve donc arrêtée, bousculée par celle des autres. Concrètement, alors ? Pas de liberté pour les ennemis de la liberté…Et l’on connaît les dérives sanglantes de tels aphorismes.

821268051_a7dbe699c6_m

Mais encore, comment réagir face aux courriers de lecteurs qui, quelques heures après les derniers recours aux armes, la situation étant à peine « stabilisée », osent dire du chef de file de l’opposition qu’ « Il lui fallait trouver un exutoire pour son arsenal menacé par la rouille et une occupation à ses miliciens affamés de martyre et qui se trouvaient trop à l’étroit dans les frontières du ghetto dans lequel (…) ils étaient confinés ». Doit-on encore, et toujours, rappeler que les mots sont une passion mais que la passion ne vaut rien tant qu’elle attise la haine entre les gens ?

D’autre part, les idées haineuses, et c’est un fait à considérer, trouveront toujours bouches aimantes et oreilles attentives. Et puisque brider l’expression n’est pas même une idée à considérer, ne serait-ce que quelques secondes, comment donc faire en sorte que les idées modérées soient valorisées, en prenant pour idéal à atteindre la paix civile ? N’était-ce pas, justement, là où la presse et les médias ont un rôle décisif à jouer ?

822146702_0a584f651fEt peut en important, finalement, que l’on soit d’un bord ou d’un autre. Le seul parti à prendre est celui de la paix et de la juste expression, pour mettre ainsi en exergue les expressions apaisées, dans les médias – contre la propagande.

La paix, plus que quelconque opinion, est la seule conviction qui vaille.

Clémentine Lavail

(Photo du Speakers’ corner à Hyde Park, Londres)


3 commentaires »

  1. Le Liban traverse des jours très difficiles et les réactions passionnées deviennent souvent diffamatoires, intolérantes, destructives, dramatiquement violentes… Si la vocation du pays reste la cohabitation de 18 communautés, chacun doit garder son sang-froid et peser ses mots. Ceci ne doit en aucun cas entraver la liberté d’expression! Un message, une analyse ou un cri du coeur, peuvent être percutants, dénoncer , faire réfléchir sans pour autant mettre en lambeaux les restes de cette coexistence. Un jour il faudra penser recoudre les morceaux!
    Ici, je voudrais rendre hommage à Yasma Fleyhane, la femme du martyr Bassel Fleyhane (qui a succombé à ses brulures alors qu’il était aux côtés de Rafic Hariri au moment de l’attentat du 14 février 2005). Basma vient de publier un livre d’amour et de paix pour aider ses enfants à dépasser le drame de la mort de leur père.

    Commentaire par nayladefreige — 19 mai 2008 @ 8:53

  2. Nul ne se doute que le Liban traverse une des plus graves crises politiques de son histoire. Le tribunal international sur l’assassinat de Hariri, la présence des factions palestiniennes sur le territoire, le devenir de l’appareil militaire du Hezbollah, l’élection du Président de la République … que des sujets sensibles et dangereux qui étouffent par leur complexité la population Libanaise dans son quotidien. D’un autre cote, n’oublions pas que notre sort est étroitement lie a celui du Moyen Orient. Notre région est en ébullition: en Iraq et a Gaza. Donc notre situation, en tant que Libanais, est très délicate. A tout moment, toute confrontation violente entre deux partis quelconques risque d’embraser le pays, et la région dans un deuxième temps, dans une guerre interminable et meurtrière. Dans ce contexte je trouve qu’il est important de soutenir et saluer a travers ce blog celles et ceux qui militent jour et nuit pour défendre la liberté d’expression.

    Au Liban et en ce temps de crise, la liberté d’expression se trouve ainsi atteinte et paralysée. Non seulement au niveau de la presse, mais aussi, et ce qui est encore plus alarmant en mon sens, au niveau de la population. Je parle ici de la liberté d’expression de chaque individu. Comment la définir? Il existe deux types de liberté d’expression: la mienne et celle d’autrui. La relation entre les deux doit être régie par un haut degré de tolérance et de communication. Pour que le dialogue passe et soit constructif, il faut que je fasse en sorte que ma liberté ne soit pas perçue comme un obstacle, un mur opaque, pour autrui. Et inversement. Nous Libanais, au Liban ou à l’étranger, il est grand temps de comprendre une fois pour toute que notre force réside dans notre pluralisme. Voir, un tel territoire extrêmement généreux, si riche par ses hommes et femmes, se déchirer devant mes yeux me révolte.

    Jusqu’à quand allons nous rester aveugles? Rester ainsi nous mène directement vers une nouvelle guerre civile. Il est clair que nous n’avons rien appris de notre passe. Alors comment faire pour résoudre le problème pressant de notre présent? Malheureusement, nous ne savons ni dialoguer, ni échanger nos points de vue différents.

    Il est temps que cela change définitivement. Il faut qu’on fasse, tous, l’effort d’aller vers autrui. Découvrir sa culture, sa religion, son ambition, sa musique, sa joie de vivre. Lui dire que je ne te connaissais pas. J’en suis désolé. Je veux m’identifier a toi. Je veux te connaitre. Etre curieux. Sans toi, je ne me sens pas complet. Pas Libanais. Je reste quelqu’un qui appartient a une minorité, a un clan, a un parti. Un rien dans ce monde. Apprenons a nous consulter avant de prendre des décisions, qui finalement nous affectent tous. Preuve de plus de notre union et de notre complémentarité. Je ne veux plus qu’on traite la crise libanaise dans les capitales de monde. C’est au Liban que se trouve la solution. Dans notre union, dans notre liberté d’expression si seulement on arrive a se regarder droit dans les yeux et se parler honnêtement, positivement. Il ne faut pas avoir peur de la réaction d’autrui, verbale ou pas, même si elle est violente. Celui qui est face en de moi comprendra si je lui montre et prouve que j’étais dans le noir et seul lui peut m’aider a le comprendre.

    Nous, Libanais, devons donner l’exemple de la liberté d’expression et de la coexistence aux peuples de notre région. Cela commence par un travail d’ouverture d’esprit. La solution, a mon avis, est là. Nous serons unis et vivrons en harmonie.

    Wassim Mazraani

    Commentaire par L'Orient - Le Jour — 19 mai 2008 @ 12:41

  3. Extraits d’un discours du Professeur Antoine Messara qui, dans une réflexion sur le rôle des médias au Liban, parlait du « Journaliste dupe » :

    Déplorant que progrès des sciences humaines et des sciences ne « s’accompagnent pas nécessairement d’une information de qualité et d’une amélioration des conditions de travail des journalistes ». Il a ainsi invité les journalites présents et en devenir à « agir, et réagir, face au débit verbal d’insultes de putchisme, de fascisme, de nazisme, de non-droit, avec un langage le plus souvent édulcoré ».
    Considérant de plus que « le danger est commun et général », M. Messara, a mis en garde « contre le risque d’être exploité en tant que tribune pour la pollution des esprits, la diffusion de la vulgarité et la politique spectacle », alors que le journaliste croit souvent « engager un dialogue et un débat démocratique ». D’autre part, le professeur a, dans son réquisitoire, condamné les attitudes de certains, pour qui la « neutralité, l’objectivité et l’impartialité… servent malheureusement à camoufler le manque de rigueur professionnelle, le déficit d’authenticité et le manque d’engagement éthique ».
    Faisant enfin de la « pollution » télévisée, « la pire des pollutions » lorsque des émissions introduisent, par exemple, « le scandale financier dans un enjeu de pouvoir et de compétition entre politiciens, au lieu de cibler l’investigation sur les effets du détournement de fonds sur la qualité de vie des citoyens ». « La parole, a t-il terminé, n’est pas innocente » et le « journaliste, observateur et témoin est de plus en plus appelé à être un témoin lucide et prudent ».

    Réflexions, tirées de la toile, sur le même thème :

     » Voici quelques réflexions que j’ai écris en réponse à une série de question qui m’ont été posées en anglais sur l’état des médias libanais. Fournisseurs d’information ou diffuseurs de propagande? Malheureusement la distance entre les deux est tellement fine, surtout dans un pays dominé par des médias communautaires. Petit tour d’horizon qui pourrait engager le débat pour une réforme en profondeur »

    http://strategicwatch.blogspot.com/2008/04/reflxions-sur-les-mdias-libanais.html

    Commentaire par L'Orient - Le Jour — 19 mai 2008 @ 8:15


Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

About author

En créant ce blog, L'Orient Le Jour entend donner aux jeunes Libanais la possibilité de s'exprimer pour qu'ils forment une communauté vivante, par-delà les différences. Car être citoyen, c'est être actif. La jeunesse libanaise a le droit et le devoir de féliciter et de critiquer ses semblables. Par leur sens critique, les jeunes ont la possibilité de jeter les fondations du Liban de demain, pour que le progrès ne soit pas qu' "un beau rève", comme l'imaginait Samir Kassir. La jeunesse, par l'interm�diaire du blog L'Orient Le Jour, dispose ainsi d'un moyen propre à la discussion sur les sujets de l'actualité libanaise ou, plus généralement, sur tout th�me qui lui tient à cour. L'Orient Le Jour devient ainsi accessible aux lecteurs de la jeune génération. Ces derniers pourront interagir avec la rédaction du journal et l'inviter à traiter les sujets qui l'intéressent. Les jeunes disposent par-là, de l'opportunité de contribuer à l'élaboration du quotidien et de briser le mur qui les sépare. Les jeunes pourront ainsi : - Poster leurs articles sur le blog L'Orient Le Jour - Envoyer leurs photos pour les mettre en ligne D'autre part, seront organisés : - Des débats hebdomadaires dont le thème sera diffusé sur le site Internet du journal Veuillez envoyer vos articles, photos et commentaires à : lorientlejour@gmail.com Il ne nous reste plus qu'à vous souhaiter la bienvenue sur votre page...

Recherche

Navigation

Catégories :

Links:

Archives:

Feeds

%d blogueurs aiment cette page :