L'Orient - Le Jour du tac au tac

La leçon de Doha | 26 mai 2008

La Ligue arabe s’illustre trop souvent par ses silences et par son impuissance pour qu’on ne salue pas à sa mesure le succès obtenu avec l’accord de Doha. Le compromis trouvé entre la majorité et l’opposition libanaises est certes fragile et renvoie à plus tard la question cruciale du démantèlement d’une milice, celle du Hezbollah, qui a tourné pour la première fois ses armes contre des Libanais, début mai. Il n’empêche. Un accord était nécessaire pour consolider le cessez-le-feu, effectif depuis dix jours. Il a été trouvé. Le poste de président de la République, vacant depuis six mois, va être enfin pourvu, et les législatives de 2009 vont peut-être se préparer dans la sérénité.

Au regard des scènes de guerre d’il y a deux semaines, ce résultat n’est pas négligeable. La France, qui s’est escrimée pendant plus de six mois pour trouver une entente, parfois de manière un peu brouillonne quand elle a renoué aussi brusquement que brièvement avec la Syrie, ne peut que le confirmer.

Ce succès doit beaucoup au volontarisme du premier ministre du Qatar, Hamad Ben Jassem Al-Thani, personnage flamboyant et homme de confiance de l’émir, mais aussi au rôle joué par d’autres Etats arabes habitués aux seconds rôles au sein de la Ligue. Ceux-ci ont profité de la neutralisation de fait des poids lourds impliqués dans l’affaire libanaise, qu’il s’agisse de l’Arabie saoudite et de l’Egypte, qui soutiennent la majorité, ou de la Syrie, alliée au Hezbollah.

Ces pays, dont de nombreux Etats du Golfe, veulent maintenir des relations acceptables avec l’Iran comme avec son allié syrien en dépit des réticences de leurs alliés occidentaux. C’est sous l’impulsion de ces Etats arabes que la « feuille de route » pour une sortie de crise au Liban, mise au point au début de l’année, a été modifiée de manière à devenir acceptable par l’opposition.

Dans une région traversée par des crises imbriquées les unes dans les autres, de l’Irak aux territoires palestiniens, et au moment où la Syrie et Israël reconnaissent officiellement avoir repris des négociations par le truchement de la Turquie, la leçon de Doha, qui prouve la supériorité du dialogue sur le passage en force, mérite sans doute d’être méditée.

La leçon de Doha
, éditorial du journal français Le Monde de l’édition du 23 mai


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