L'Orient - Le Jour du tac au tac

Le Vatican veut envoyer des signes au monde arabe | 1 juin 2008

En nommant samedi (dernier) archevêque d’Alger un prêtre jordanien, l’Église catholique « regarde davantage vers le Proche-Orient »
vatican

Dans le monde, ils sont peu nombreux mais redoutables. Alger est l’un de ces sièges épiscopaux réputés à Rome comme « impossibles » à pourvoir. Mgr Henri Teissier, à qui le pape a donné samedi 24 mai pour successeur le P. Ghaleb Moussa Abdallah Bader, en sait quelque chose, lui qui attendait sa retraite depuis trois ans après avoir donné sa démission le jour de ses 75 ans, comme le droit canonique le lui demandait.

Qui pouvait prendre – avec d’autres – les rênes de cette Église catholique en pays musulman, dont les fidèles sont essentiellement non algériens, dans le double contexte polémique du prosélytisme évangélique et de la douloureuse recherche d’identité nationale hantée par le rejet de la colonisation française ?

« Rupture »

« Surtout pas un Français ! », répond sans hésiter un connaisseur du dossier. Installé au Maghreb et préférant ne pas être cité, celui-ci pointe la tension actuelle entre les deux pays, alors que les quatre évêques d’Algérie étaient jusque-là de souche française, même si deux étaient naturalisés algériens.

Le Saint-Siège, précise un interlocuteur romain, a donc « beaucoup cherché et dans toutes les directions » avant de jeter son dévolu sur le P. Bader, jordanien, premier Arabe catholique nommé à ce niveau en Algérie.

De ce point de vue, c’est donc une « rupture », reconnaît Mgr Claude Rault, évêque de Laghouat, dans le sud algérien, mais « c’est une chance aussi, parce que l’Église d’Algérie, contrairement à celle de Tunisie, a souvent été orientée sur un axe nord-sud. La chance et l’espérance de cette nomination sont de regarder davantage vers le Proche-Orient. »

Capacité d’adaptation à un contexte ultrasensible

Rome, de l’avis de plusieurs spécialistes, semble donc vouloir exprimer par là un message – « un signe », affirme l’un d’eux – au monde arabe. « C’est une façon de montrer la catholicité de l’Église, observe l’intéressé, le P. Bader. Nous avons en Jordanie des prêtres italiens, français, allemands, mais le fait que je sois arabe francophone n’est pas indifférent. » Sans compter, ajoute le spécialiste déjà cité, que « c’est une façon de montrer que l’on peut être arabe et catholique ».

Reste, du point de vue romain et parmi de multiples critères pour un poste aussi délicat, la capacité d’adaptation à un contexte ultrasensible. « Au Proche-Orient, résume le spécialiste, les chrétiens sont des citoyens. En Algérie, au Maroc et en Tunisie, ce n’est pas le cas. Nous ne pouvons pas avoir la même attitude. »

Rome, qui, selon une procédure très rodée, consulte beaucoup avant de nommer un évêque, semble, selon diverses sources, avoir été rassurée par le bon exemple des Jordaniens de Tunis : Mgr Fouad Twal, nommé depuis coadjuteur du patriarche latin de Jérusalem, et son successeur depuis septembre 2005, Mgr Maroun Lahham. Arabes, chrétiens, minoritaires, ils se sont adaptés avec succès à ce Maghreb compliqué.

Jean-Marie GUENOIS, La Croix, 27 mai 2008

Publié dans Presse
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