L'Orient - Le Jour du tac au tac

French Kiss | 11 juin 2008

Youpla boum, tagada tsoin tsoin ! C’est champagne au palais des Mouhajirine. Les Assad trinquent. Et sourient – toutes dents dehors. Hop : une coupe à la gloire de Nicolas Sarkozy. Hop : une coupe parce que c’est bien fait pour Jacques Chirac. Hop : encore une coupe parce que les Américains l’ont dans l’os. Hop : une coupe à la (mauvaise) santé des chefs du 14 Mars – en espérant que si les voitures piégées ne les ont pas achevés, le spectacle de Riad Naassan-Agha, reçu rue de Valois, le fasse. Et avant l’apoplexie finale des 13 et 14 juillet. Hop : une cinquième coupe enfin pour cette vaillante Christine Albanel qui n’a décidément peur de rien, encore moins de ses infinies tracasseries internes, et qui reçoit à bras ouverts, certes sur injonction présidentielle, son charmant homologue syrien. Qui n’en demandait sans doute pas tant. Youpla boum, tagada tsoin tsoin ! Nicolas Sarkozy l’avait promis : une nouvelle page est peut-être en train de s’ouvrir dans les relations entre la France et la Syrie, Riad Naassan-Agha l’a confirmé : Ma visite vise à tourner la page, a-t-il bombé le torse, se félicitant même du climat de compréhension entre Paris et Damas.
Les Assad trinquent, les Assad sont pompette, et, comme à chaque fois où la Camorra du Barada exulte, les Libanais ont mal au ventre. Et à la tête. Une sale gueule de bois.
Mais la France est là. N’est-ce pas ? Absolument.
Elle l’a été ; même lorsqu’en Mitterrandie, elle avait pudiquement fermé les yeux sur le cadeau fait par Bush père à Assad père : le Liban ; peut-être jamais plus comme/autant qu’en Chiraquie. Elle l’est : toute la Sarkozie ou presque qui débarque à Beyrouth pour saluer l’élection d’un chef de l’État, voilà un nouveau, un inédit, un gargantuesque chapitre de l’histoire des deux pays qui s’écrit, superbe, à l’encre indélébile. Elle le sera – c’est immuable : la France, souvent tigresse avec ses petits, le devient bien davantage lorsqu’il s’agit, bizarrement, du vilain petit canard, qui n’a ni pétrole ni idées (pour l’instant) ni minerais ni rien du tout. Et si, par accident ou par suprême nécessité, elle griffe, elle égratigne, ou qu’elle est la raison de ces insupportables gueules de bois, la voilà qui, immédiatement, par amour ou par pitié, c’est atavique, soigne, guérit, cicatrise ; à la fois (petite) blessure et (super)baume.
La France est là. Et elle ne vendra jamais son petit. N’est-ce pas ? Absolument.
Sauf que la France a ses intérêts. Il est d’ailleurs on ne peut plus légitime qu’elle leur donne toute la prorité. C’est une loi de la nature : pour nourrir ses petits, pour s’en occuper, la mamma doit d’abord penser à elle. À la bonne heure : l’excellent Jean-David Lévitte, longtemps hyperimbibé de chiraquismes, va se retrouver bientôt à Damas. Sur injonction de son président, soucieux certes de déchiraquiser, d’imprimer sa patte, mais mû aussi, surtout, par plusieurs impératifs. Un : s’occuper des dividendes économiques polymorphes que la France peut tirer en terres syriennes. Deux : réussir, localement et régionalement, là où les autres, les autres grands, ont échoué. Trois : affirmer cette constante française qui devrait bien un jour, tout le monde l’espère, finir par triompher : la France est l’amie de tous les Libanais. Quatre : nuancer son hyperatlantisme, revendiqué et affiché pourtant, cette californisation de sa conception de l’hexagone comme de lui-même, en prenant de jolies et gaulliennes distances avec l’objet de toutes les fascinations. Réaction d’ailleurs immédiate : la voilà qui sursaute et qui demande des explications, cette Amérique qui ne manque décidément ni de culot ni de capacité à l’amnésie sélective, et qui restera la dernière à pouvoir jouer les duchesses offensées et les maîtresses d’école ; elle que n’ont toujours motivée que ses purs et propres intérêts. La très grande majorité des Libanais, chats extrêmement échaudés, sont loin, bien loin, du moindre anti-américanisme primaire. Bien au contraire. Ravis de cette convergence quasi totale depuis 2004, ravis de voir la première puissance planétaire se faire l’écho de leurs obsessions (la Syrie est une dictature, la Syrie a vampirisé le Liban, la Syrie est au moins coresponsable, de près comme de loin, des assassinats de Libanais, la Syrie a un besoin pathologique de revanche sur son Petit Poucet de voisin), ces Libanais ont juste besoin de beaucoup de temps et, surtout, de beaucoup de preuves, de concret, pour réussir à se débarrasser de leur très compréhensible paranoïa.
Bref. La politique sarkozyste à l’égard de la Syrie est cohérente : facilitez l’élection d’un président de large consensus au Liban et on commencera à penser à votre démarginalisation. Elle peut paraître hypernaïve, elle l’est sans doute : comment peut-on transformer le chacal en agneau ; elle n’en reste pas moins particulièrement pragmatique. Plus encore : Napoléon B. étant un génie, impossible n’étant pas français, rien ne dit que le Liban ne pourrait pas être l’un des principaux bénéficiaires de cette (timide) reprise de tango entre Paris et Damas – si seulement Nicolas Sarkozy invitait de temps en temps son monumental prédécesseur à déjeuner…
À condition, naturellement, de répondre à quelques questions. L’instinct maternel est-il soluble dans l’opportunisme économico-géopolitique ? La circonspection, la prudence, la retenue résistent-elles toujours aux appels, souvent sonnants et trébuchants, des sirènes orientales ? Faut-il toujours casser de très précieux œufs pour faire une omelette dont on ne garantirait même pas la réussite ? En un mot : y a-t-il des limites à la realpolitik encore une fois naturelle et légitime – si oui, lesquelles ? Et si non, alors, par Toutatis, pourquoi ?

Ziyad MAKHOUL


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