L'Orient - Le Jour du tac au tac

Fin de règne d’un *libérateur* | 17 juin 2008

Y a-t-il une vie après la Maison-Blanche ? Histoire de ne pas désespérer ses homologues à travers le monde, et aussi ses successeurs, il faut espérer que oui pour l’homme qui s’apprête à boucler ses huit années dans le saint des saints américain. La semaine écoulée, George W. Bush s’est embarqué à bord d’Air Force One pour une tournée d’adieux de huit jours qui l’a conduit, après le sommet de l’Union européenne, auprès des principaux dirigeants d’un continent qui n’a jamais eu pour lui, loin de là, les yeux de Chimène mais qui a dû sacrifier à un pèlerinage devenu rituel, accompli cette fois avec un évident sentiment d’ennui que n’ont pu dissiper les effusions et les rappels d’un combat mené contre les ennemis communs. C’est ainsi que Nicolas Sarkozy a eu droit à un rappel du Plan Marshall et de la lutte pour la libération des peuples jadis opprimés par le communisme, le tout assorti bien évidemment de la nécessité de rétablir la démocratie en Irak et d’interdire à l’Iran toute velléité d’enrichir son uranium.
Comme on est entre gens de bonne compagnie, nul ne s’est avisé de rappeler à l’hôte illustre que depuis l’époque héroïque du petit père des peuples, le marxisme-léninisme a changé de visage et que, toutes proportions gardées, Guantanamo vaut bien le goulag. Pas plus qu’il n’a été fait allusion, dans les envolées consacrées au terrorisme, à la malencontreuse équipée irakienne qui aura permis, le nouvel Aladdin aidant, à ce malfaisant géant d’Oussama Ben Laden de sortir de la lampe. Le président n’a pas eu droit non plus, ainsi qu’il aurait pu l’appréhender, à l’évocation d’un rapport datant de décembre dernier, dans lequel les seize agences de renseignements de son pays se disaient certaines que la République islamique avait arrêté dès 2003 son programme nucléaire à des fins militaires, conclusions qui rejoignaient, reconnaissait alors Mohammad el-Baradei, celles de l’Agence internationale de l’énergie atomique.
À aucun moment on ne s’est fait faute, par contre, de relever de part et d’autre qu’entre le Vieux et le Nouveau Continent, la question irakienne constitue le plus grand diviseur commun depuis la décision de Ronald Reagan, prise en 1984, de déployer en Europe des missiles de moyenne portée. Mais il faut croire que la lassitude a fini par gagner les esprits, comme le prouvent les chiffres de la rue : en novembre 2003, ils étaient près de 100 000 à manifester leur opposition à l’engagement sur les rives de l’Euphrate, à l’occasion de la visite du président américain ; dimanche, les organisateurs avaient peiné à réunir 2 500 personnes à Parliament Square, à 300 mètres du 10 Downing Street où Gordon Brown jouait les Amphitryon.
Mais qu’importe l’opinion des autres, fussent-ils ses concitoyens, face à l’idée que l’on se fait soi-même de son action ! Qui donc vient de dire sur France 3 : « L’histoire se rappellera de moi comme d’un homme d’action qui a su prendre des décisions, quand cela s’avérait nécessaire, pour défendre son pays et affronter les problèmes du monde ? » George W. en personne. Et qui disait, l’autre jour à Ljubljana (Slovénie) : « Il laissera un héritage incroyable, même s’il n’est pas très populaire pour l’instant. Nous avons débarrassé deux nations, soit 50 millions de personnes, de régimes brutaux. Je pense que cela est très important ? » Laura Bush en personne.
Surtout que l’on n’aille pas croire que l’intéressé va en rester là. À son agenda figurent encore : des accords de paix entre Palestiniens et Israéliens – il y croit, malgré le pessimisme ambiant –, le rétablissement de la sécurité en Afghanistan et en Irak, le règlement de la vieille querelle nucléaire avec la Corée du Nord et l’Iran, un accord international sur le réchauffement planétaire incluant ces deux grands pollueurs que sont la Chine et l’Inde, sans parler de l’explosive envolée des cours du pétrole qui plombe les économies mondiales, et ce maudit dollar faible qui empoisonne le climat des rapports avec les principaux alliés de l’Amérique.
C’est bien vrai que « le président ne réfléchit pas à l’avenir », confiait l’autre jour aux journalistes sa porte-parole Dana Perino. L’ennui c’est que presque tous les dirigeants qu’il vient de rencontrer se sont chargés de le lui rappeler. Le pape lui a offert quatre volumes sur la basilique de Saint-Pierre en lui disant : « Peut-être auriez-vous le temps de les lire. » Silvio Berlusconi lui a proposé une chaire dans une université qui reste à créer. Et le chef de l’État français a parlé du legs de la famille Bush, s’attirant cette observation un rien sarcastique de l’intéressé : « Vous venez de rédiger ma nécrologie politique. Je vous rappelle que ma retraite est pour janvier. D’ici là, il y a encore pas mal à faire. »
Tremblez, peuples opprimés…

Christian Merville

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