L'Orient - Le Jour du tac au tac

Les yeux de Samir Kassir | 17 juin 2008

Trois ans après l’assassinat du journaliste et historien Samir Kassir, la fondation qui porte son nom a lancé hier un centre de défense des libertés médiatiques et culturelles dans les quatre pays arabes du Levant, baptisé « SK Eyes ». En choisissant de ne pas se limiter au Liban et d’inclure la Syrie, la Palestine et la Jordanie dans son champ de compétence, la fondation s’est donné pour objectif de poursuivre la lutte menée par Samir Kassir, contre ce qu’il a appelé, dans l’un de ses ouvrages, Le malheur arabe, contre ce malheur d’appartenir à une région écrasée par le despotisme et les occupations, à une identité écrasée entre la décadence culturelle et la montée de l’intégrisme, contre les malheurs générés par un obscurantisme d’un autre âge dont les premières victimes sont ceux-là mêmes dont le métier est de faire toute la lumière sur tout ce qui se passe sur la scène publique, à savoir les journalistes.
En effet, « depuis ce 6 mai où des journalistes ont été exécutés à Damas et à Beyrouth, le sang des hommes libres a systématiquement coulé avec l’encre de la liberté », comme l’a affirmé le romancier et journaliste Élias Khoury, lors de la cérémonie de lancement de « SK Eyes ». « Notre but est de mettre en place un pôle culturel arabe indépendant, dont l’unique but est de défendre la liberté de la presse et de la culture. Les causes de la liberté et de la libération, et la résistance contre les dictatures et les occupations sont les piliers de notre métier de journalistes. Car tel est le devoir que nous impose la bataille de l’instauration de la citoyenneté et de la justice dans le Levant », a ajouté le responsable de la Fondation Samir Kassir.
Pour ce faire, « SK Eyes » s’est choisi pour mission de protéger les gens de plume, du clavier ou de la caméra « contre toute forme de répression et de leur fournir la protection et l’assistance légale en cas de besoin ». L’organisme devrait également œuvrer pour la réforme des lois encadrant le fonctionnement des médias, la promotion de la déontologie du métier de journaliste et la défense de toutes les libertés culturelles face à la censure et à la répression. Et si « SK Eyes » a décidé de baser son quartier général dans la capitale libanaise, « c’est parce que le sort de Beyrouth a voulu qu’elle soit le miroir du malheur arabe, cette ville qui a combattu les occupations, a lutté et continuera de lutter pour s’ériger en miroir de la liberté », selon les mots d’Élias Khoury.

Pas de liberté sans
payer le prix
Et c’est dans ce Beyrouth que plusieurs journalistes et intellectuels libanais et arabes, ainsi que nombre de personnes intéressées par la défense des libertés publiques se sont réunis pour prendre part au lancement de « SK Eyes » qui s’est déroulé à l’hôtel Crowne Plaza, dans cette même rue Hamra sur laquelle avait déferlé une vague du « malheur arabe », en mai dernier.
Après avoir inauguré la cérémonie, Élias Khoury a donné lecture de l’allocution du rédacteur en chef de notre confrère an-Nahar, Ghassan Tuéni, qui n’a pas pu prendre part à l’événement pour des raisons de santé. « La création d’un centre de défense de la liberté de la presse à Beyrouth est un nouveau signe d’espoir, a affirmé le député de la capitale. Nous qui avons choisi ce métier savons qu’il n’a qu’un seul secret : la liberté. L’on ne crée pas la liberté sans payer de prix parfois exorbitant. Et la vie pourrait devenir un prix à payer pour préserver la vie. Mais Beyrouth nous a appris à défendre la liberté par la liberté. »
Pour sa part, la présidente de la Fondation pour l’avenir, Nabila Hamza, dont l’institution contribue au financement de « SK Eyes », a rappelé que « les libertés dans notre région vivent une crise sévère, les pays arabes ayant obtenu les dernières positions dans le classement établi par Reporters sans frontières ». « La répression de la créativité prend différentes formes dans nos pays où les intellectuels font régulièrement face au terrorisme », a-t-elle poursuivi.
À l’issue de la cérémonie, une table ronde s’est tenue sous le thème de « La censure et la liberté de la création culturelle et artistique ». Alors que le metteur en scène libanais Roger Assaf s’est penché sur les relations entre l’oppression et la liberté d’expression, le romancier égyptien Sonaallah Ibrahim, le poète et journaliste syrien Faraj Bayrakdar, et le cinéaste syrien Oussama Mohammad ont, tour à tour, égrené des épisodes de leur confrontation avec la censure, disséquant ses mécanismes absurdes non sans l’humour fin et presque revanchard de l’intellectuel que l’on a voulu bâillonner, mais en vain.
Soulignons que trois autres tables rondes seront organisées aujourd’hui, à l’hôtel Crowne Plaza, entre 10 heures 30 et 18 heures 30, sur les thèmes des « Blogs et les médias alternatifs », les « Mécanismes de défense des libertés de la presse » et « L’industrie de l’opinion publique et les chaînes satellitaires arabes ».

M. H.


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